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Natureza humana

versão impressa ISSN 1517-2430

Nat. hum. vol.19 no.2 São Paulo dez. 2017

 

FLUX ARTICLES CONTINUS

 

La métapsychologie en toutes lettres

 

Metapsychology in its entirety

 

 

Luiz Eduardo Prado Oliveira*

Université de Bretagne Occidentale, Brest
Université de Paris 7 – Denis Diderot

 

 


RÉSUMÉ

J'entends inaugurer ici une nouvelle méthode de lecture de la psychanalyse. Il s'agît d'intercaler entre les pages des écrits théoriques de Freud, celles de ses correspondances. Souvent les lettres de Freud lui servent de laboratoire. Il y ébauche et teste les hypothèses qui deviendront sa théorie. Il les annonce, attend les réactions de ses correspondants, reformule, s'exaspère, se réjouit, abandonne. Si grise est toute théorie et printanière l'expérience créatrice, force est de constater que fréquemment pour Freud la théorie est aussi efflorescente. D'autres psychanalystes reprennent ses idées. Il n'est pas rare que le concept de métapsychologie soit l'objet d'une véritable inflation dans certains écrits psychanalytiques, d'un culte même. C'est alors une ritournelle, un mantra qui sert à tout expliquer. C'est un mot savant, un shibboleth, un « mot particulier, ou façon de prononcer un mot, propre à une nation, une confrérie ou à un cercle particulier », aussi, par extension, une profession ou tout groupe. « Les Éphraïmites qui, au bord du Jourdain, voulaient passer et ne savaient pas prononcer ce mot difficile à la façon des Galaadites, étaient ainsi reconnus et massacrés. »1 C'est donc aussi un mot de guerre et de ralliement.

Métapsychologie est un mot créé ou remis en circulation par Freud, il est presque un synonyme de psychanalyse. Et pourtant -ou même, et donc- l'une comme l'autre gardent des surprises. Leur richesse proviendrait surtout de leur valeur heuristique, qu'il convient d'épargner. « Economie, Horatio… », dit Hamlet à son compagnon. Et Freud le cite comme un secret du mot d'esprit. Mots-clés: psychanalyse; métapsychologie; Freud; théorie.

Mots-clés: psychanalyse; métapsychologie; Freud; théorie.


ABSTRACT

I will try to launch here a new method of reading psychoanalysis. My aim is to insert between the pages of Freud's theoretical writings the sheets of his letters. Quite often Freud's correspondences are sort of laboratories. He draws and test in his letters hypothesis which will become his theories. He announces them, he waits for his friends reactions, he reformulates his thesis, he gets infuriated, he expresses his pleasure, he puts them aside. If grey is all theory and spring embalms creation, we have to recognize that quite often Freud's theory blooms. New psychoanalysts gather his ideas. Frequently the concept of metapsychology is inflated in psychoanalytical writings, it becomes a fetish, a cult object. It becomes a jingle, a mantra, it is supposed to explain everything. It becomes a long word, a shibboleth, a particular word or a way of pronouncing a word, which distinguishes members of in-groups from those of outgroups. In the Bible, Ephraimites who wanted to cross the Jordan had to pronounce this word shibboleth which they did in a different way than Gileadites, who would then kill them. Thus, shibboleth is also a war word, a rallying word. Metapsychology is a word created or renewed by Freud, almost a synonym of psychoanalysis. And hence – or even, therefore – both hide their surprises. Their richness comes from their heuristic value, that we better spare. "Thrift, Horatio, thrift"2, remarked Freud.

Keywords: Psychoanalysis; Metapsychology; Freud; Theory.


 

 

Le mot de métapsychologie apparaît ou réapparaît pour la première fois dans une lettre de Freud à Fliess3. Ensuite son histoire comporte des moments distincts : dans un premier moment, Freud entend le démarquer du concept de métaphysique et même mettre fin à cet ancien souci de l'humanité ; dans un deuxième temps, vient le moment révolutionnaire, où Freud apporte un point de vue inédit à la philosophie, aux sciences de l'esprit, comme à la psychologie et à la psychiatrie, ainsi que de nouvelles possibilités aux sciences humaines ; puis, apparaît une troisième période, quand Freud recule devant l'amplitude de la tâche à accomplir ; ensuite, quatrième moment, Freud retourne à ses premières thèses, tout en gardant en parallèle son apport révolutionnaire, dans l'impossibilité de les intégrer ; cinquième acte enfin, quand la métapsychologie acquiert un statut de métaphore et de fiction.

De manière fructueuse, quelques auteurs ont entrepris d'étudier une archéologie de la métapsychologie, en retrouvant ses racines dans la pensée de Lamarck et de Goethe4. Ces études montrent surtout l'enracinement de Freud dans la pensée du 18e siècle et samanière d'utiliser certains thèmes de cette époque de manière évocatrice. Plus tard, le nouveau concept de métapsychologie est repris par Ferenczi, qui l'infléchit dans une autre direction, à distance du romantisme de la nature. Ferenczi, apporte une autre révolution, avant que Lacan ne questionne puissamment l'ambition même du concept. Ainsi, quand les psychanalystes dénombrent les moments de l'avancée de Freud entre la première et la deuxième topique, entre l'Interprétation du rêve et le Moi et le ça, il convient d'inscrire entre ces moments la Métapsychologie.

 

Moments de la métapsychologie

Le tout premier moment de métapsychologie est celui où Freud entend s'écarter de la métaphysique. Il remplace alors la dualité corps/âme par la dualité biologie/psychologie. Cette période s'étend de 1896 à 1915. Très tôt, Freud questionne la métaphysique à partir de la clinique et la philosophie à partir de la psychopathologie. Aucune connaissance précise et minutieuse ni de la métaphysique ni de la philosophie n'est nécessaire à une telle démarche, déjà entreprise d'ailleurs par Kant, notamment dans ses écrits de 17645. L'extension de la présence de la pensée de Kant dans celle de Freud est généralement sous-estimée. Bien avant la sexologie de Krafft-Ebing qui marque la pensée de Freud, Kant insiste sur le rôle fondateur de la sexualité, des pulsions, et même sur l'empreinte originaire de la mère qui marque le désir de ses enfants.

Le deuxième moment de la pensée sur la métapsychologie est inauguré par le texte de Freud sur « L'inconscient », qu'il reprend la même année de sa publication dans une lettre à Abraham et qu'il reprendra plus tard dans d'autres circonstances. Dans ce texte, Freud abandonne ses anciennes prétentions à détrôner la métaphysique et définit la métapsychologie comme la démarche qui consiste à aborder tout phénomène psychique d'un triple point de vue : économique, dynamique et topique. Ce dernier point de vue, comme nous savons, connaît trois versions : celle des années 1890, qui situe la perception et les signes de perception avant la constitution de l'inconscient, qui en sera marqué par les traces mnésiques, et qui se développera en système préconscient et conscient ; une version plus tardive, qui insiste sur la tripartition de l'appareil psychique en ces trois dernières instances, inconscient, préconscient et conscient ; et, enfin, après l'influence décisive de Groddeck, d'une part, de Nietzsche et Bernard Shaw de l'autre, le dernier modèle de l'appareil psychique se superpose à ce système antérieur, sous la forme d'une tripartition en « ça », « moi » et « surmoi »6.

Le point de vue dynamique implique la transformation du plaisir en déplaisir et vice-versa. Le point de vue économique, dernier à être intégré par Freud, devrait imposer l'appréciation de la distribution, équilibrée ou déséquilibrée, des investissements libidinaux entre les trois systèmes. Ce point de vue reste peu étudié par Freud, qui attribue même à cette négligence la faillite théorique de son effort en direction de la métapsychologie. C'est sans doute une évaluation partielle et partiale des raisons en question.

Entre le dégagement de la métapsychologie à partir de la métaphysique et le postulat révolutionnaire de la métapsychologie en tant que méthode d'approche clinique, Freud a mesuré les possibilités de son nouveau concept comme arme d'attaque des ennemis théoriques et comme mot d'ordre de ralliement auprès de Jung et Abraham. C'est encore auprès de celui-ci que cette fonction de ralliement sera lancée, en visant maintenant l'ensemble des membres du Comité secret. Une fois ce ralliement obtenu audelà de toute espérance, devant les multiples difficultés théoriques, devant aussi les difficultés de la Première grande guerre, de sa vie familiale et du repli que les unes et les autres induisent, Freud recule. Ce n'est pas la première fois dans son parcours théorique. Nous étudierons les modalités de ce recul.

Enfin, la guerre terminée, d'autres avancées théoriques s'imposent et Freud revient à son premier effort d'élaboration de la métapsychologie, mais remplaçant la dualité corps/âme par une autre dualité, entre pulsions de vie et pulsions de mort, ce qui ne constitue pas une rupture radicale avec la dualité corps/âme, loin de là, mais plutôt un prolongement et une reconduction. La démarche révolutionnaire est gardée à distance, séparée, sans que Freud puisse la reprendre et montrer en quoi elle serait à même de transformer la métaphysique liée maintenant à la métapsychologie.

Plus tard, le nom de ce concept inspire la clinique à partir de laquelle son besoin s'était fait sentir. Il avait servi de prétexte à un questionnement de la philosophie à l'intérieur d'une démarche clinique fortement empreinte de cette même philosophie. Les sciences de l'esprit sont en effet indissociables d'elle. Comment faire autrement ? Même le plus matérialiste des matérialistes et le plus empiriste des empiristes sont encore dans le domaine d'une philosophie particulière.

 

Parcours de la métapsychologie

L'étude du cheminement du concept de métapsychologie dans l'œuvre de Freud ne pose aucun problème particulier, maintenant qu'une masse importante de documents biographiques a été publiée, tout comme ses différentes correspondances. Il suffit de repérer et suivre la présence et l'action du concept dans ses différents écrits. À ma connaissance, le premier à le faire a été Silverstein, mais à une époque où seule la correspondance avec Abraham était disponible, outre celle avec Jung, à laquelle cet auteur n'a pas été attentif7. L'aurait-il été et il aurait eu confirmation de sa thèse de l'utilisation du mot de métapsychologie pour rallier des disciples, en parallèle à la création d'ennemis imaginaires, en l'occurrence Bleuler. À part celle-ci une seule autre tentative dans ce sens a été faite par Grubrich-Simitis. Cette fois-ci, malgré l'abondance de correspondances disponibles, l'auteure semble avoir été éblouie par la moisson apportée par la correspondance de Freud avec Ferenczi8. Cela lui a permis de dégager l'importance du « projet Lamarck », nom de code entre les deux amis pour les travaux sur la métapsychologie, mais l'a fait négliger l'importance du « projet ralliement des disciples » dans la publicité faite par Freud au sujet de ses « douze travaux d'Hercule ».

Basés sur ces acquis, notre tâche est de suivre pas à pas les surgissements de toute référence à la métapsychologie dans les écrits de Freud, ou dans leur proximité immédiate en étant attentif à deux éléments : celui du rôle de l'entourage de Freud dans son travail théorique et celui de la dépendance fréquente de ce dernier par rapport au premier. En effet, l'immense majorité des auteurs qui s'intéressent à Freud l'étudient d'une manière idéaliste, comme si sa pensée s'était formée et déployée en vase clos, n'ayant d'existence qu'autoréférentielle ou logique. Quand cette limite est dépassée, vu son caractère insupportable d'un point de vue épistémologique, la plupart des auteurs se restreignent encore au cercle des élèves proches de Freud. Nous sommes nombreux aujourd'hui à dessiner ainsi la géographie de notre connaissance de sa pensée. Ce sont encore des limites étroites.

L'établissement d'un protocole épistémologique rigoureux pour la compréhension de la pensée de Freud exige, en amont, la prise en considération de tous les auteurs marquants de son temps, même — et peut-être surtout — quand il ne les cite pas. Par exemple, Freud ne cite que rarement, voire jamais, Nietzsche ou von Hartmann, non pas parce qu'il les ignorait, ce qui aurait été inadmissible pour un homme cultivé de son époque, mais au contraire en raison de son immersion dans l'œuvre de ces auteurs. Freud ne cite pas Dostoïevski pour fonder ses thèses sur le meurtre du père, pourtant Les frères Karamazov datent de 1880. Le concept d'inconscient est le terreau de la pensée germanique du 19e siècle grâce à la diffusion de l'œuvre de Hartmann, rendu très populaire par sa Philosophie de l'inconscient, de 1869, et par sa critique de Kant, de 1875, Le Fondement critique du réalisme transcendantal9.

En aval, ce protocole épistémologique ne saurait pas négliger l'intimité de Freud. Pourquoi considérer l'influence sur son œuvre de ses conflits avec Adler, Stekel ou Jung, ou encore l'influence de son amitié avec Ferenczi, et négliger la présence dans son élaboration théorique de sa fille Anna ? Et son « complexe de Sophie », si justement pointé par Ferenczi, qui le fait craindre d'être définitivement abandonné ? Les raisons données par Freud pour son abandon du « projet métapsychologie » se réfèrent exclusivement à sa vie privée et à son giron familial.

 

Naissance de la métapsychologie, naissance d'Anna

Freud utilise le mot de métapsychologie pour la première fois dans sa lettre du 13 février 1896 à Fliess, un mois et demi après la naissance de sa dernière fille. Il lit le philosophe français Taine. « La psychologie – à vrai dire métapsychologie – m'occupe sans relâche… », écrit-il à cette date. Anna est née le 3 décembre de l'année précédente. La métapsychologie vient presque célébrer l'anniversaire de sa naissance. Le livre du philosophe, L'intelligence, lui convient « de façon extraordinaire ». Sa pauvre Martha a une vie « pleine de tourments. Annerl, il est vrai, est resplendissante…10. »

Pourquoi Taine et pourquoi ce livre ? L'intelligence, de 1870, est un livre qui prétend analyser minutieusement les fonctions de l'intellect, s'efforçant d'ériger la psychologie en méthode scientifique. La psychologie de Taine est essentiellement celle des écrivains, comme Stendhal, ou des philosophes comme Condillac. En termes de philosophie, Taine s'inspire de Spinoza et de Hegel, mais c'est dans l'analyse littéraire, de la sculpture et de la peinture qu'il excelle. Les exercices de Freud dans ces domaines, de son Léonard à son Moïse de Michel-Ange, puisent dans la source du philosophe français. Mais, surtout, Taine fournit à Freud un rempart contre lequel se protéger de la puissance de la pensée de Dilthey qui envahit le monde germanique. Alors que Taine est toujours le champion d'une approche moniste de la science, qui appliquerait les mêmes méthodes à la physique et à la psychologie, Dilthey défend avec vigueur une approche dualiste, qui pose la question du sens comme centrale et propose une herméneutique. Dilthey créé le terme de « sciences de l'esprit » (Geisteswissenschaften) et son livre de 1894, Idées concernant une psychologie descriptive et analytique, connaît un large succès. Beaucoup de méandres de la pensée de Freud viennent du fait qu'il soit un Viennois qui s'inspire à la fois de l'Angleterre, de la France, et de l'Allemagne.

Ensuite, deuxième point important dans ce court passage de Freud, la mention faite à Annerl. Dilthey est le premier à expliquer la grande diversité des interprétations métaphysiques chez les philosophes et autres spécialistes des sciences de l'esprit par la diversité des parcours individuels et sociaux. Bien plus tard, la métapsychologie tombera dans ce même travers de la métaphysique, en se démultipliant11. Il y aurait une métapsychologie de Freud, une autre d'Abraham, encore une autre de Ferenczi, auxquelles viendraient s'ajouter une métapsychologie de Melanie Klein, une autre de Kohut et ainsi de suite. La métapsychologie pourrait être l'objet de la même approche que celle réservée par Dilthey à la métaphysique. En quoi la métapsychologie pourrait-elle avoir une prétention scientifique, s'il y a autant de métapsychologies que de métaphysiques ?

Quelques mois après cette lettre de février, début avril de la même année, Freud écrit encore à Fliess : « Dans l'ensemble, je fais de bons progrès dans la psychologie des névroses et j'ai toute raison d'être satisfait. J'espère que vous me prêterez l'oreille aussi bien à quelques questions métapsychologiques. »

Encore à la fin de cette année, quinze jours après l'anniversaire de sa fille, Freud à Fliess : « Bien loin derrière se trouve mon enfant idéal, l'enfant de mes peines — la métapsychologie12. »

Une assimilation entre la métapsychologie et Anna Freud, effectivement enfant de douleur et de soucis, se tient en arrière-fond de la spéculation théorique.

Anna Freud est née le 3 décembre 1895. Moins d'un an après sa naissance, le 26 octobre 1896, meurt le père de Freud, dont la souffrance s'étirait depuis quelque temps. Anna sera l'enfant malheureux de son père toute sa vie durant, au point que les écrits de l'un gagnent à être lus en parallèle aux écrits de l'autre, toutes les fois que possible, à savoir, qu'une coïncidence de date les rapproche. Métapsychologie est un mot associé au décès d'un père et à la naissance d'une fille. Plus tard, Freud annonce à Lou AndreasSalomé l'abandon de la métapsychologie, ou sa suspension sans prévision de reprise, aux alentours du début de l'analyse d'Anna. Comme si sa curiosité avait changé d'objet13.

D'abord, contrairement à ce qui s'est passé avec les autres, Martha refuse d'allaiter ce dernier enfant. Ensuite, le beau-frère de Martha et de Freud, mari de Minna, lui aussi, meurt peu après la naissance d'Anna. Par un concours de circonstances, Minna vient s'installer dans leur foyer, captant beaucoup de l'attention de Freud. Enfin, pour la première fois durant leur mariage, le père et la mère d'Anna prennent séparément des vacances. Rien de réjouissant ne semble entourer la naissance de cette fille, confiée à une bonne d'enfants. Rien, sauf l'amour de son père, qui lui est immédiatement et intégralement acquis.

Freud n'aborde pas la métapsychologie avant longtemps, mais quand il le fait, le 21 septembre 1897, c'est pour signaler qu'elle lui semble une valeur sûre :

« Dans ce bouleversement de toutes les valeurs, seul le psychologique est resté intact. Le rêve est là en toute certitude et le prix que j'attache à mes débuts dans le travail métapsychologique n'a fait qu'augmenter. Dommage qu'on ne puisse vivre, p. ex., de l'interprétation du rêve. »

Par "le rêve", Freud entend déjà L'Interprétation du rêve. Plus tard il mentionnera son septième chapitre comme exemplaire de l'approche métapsychologique. Et il fera en sorte d'en vivre. Dès son entrée au B'nai B'rith, Freud commence une intense campagne publicitaire autour de l'interprétation des rêves et ses possibilités. Il y fera un certain nombre de conférences, rencontrant toujours le plus vif succès.

En mars de l'année suivante, Freud signale que son projet doit intégrer la psychologie et la biologie, dupliquant ainsi la vieille métaphysique avec des mots nouveaux. Freud s'appuie largement sur son interlocuteur :

Il me semble qu'avec la théorie de l'accomplissement du désir, seule la solution psychologique serait donnée, non la solution biologique, ou pour mieux dire, métapsychique. (D'ailleurs je vais te demander sérieusement si je peux utiliser le nom de métapsychologie pour ma psychologie qui mène derrière la conscience.)

Freud développe des thèses sur l'étiologie du rêve, des fantasmes et des psychonévroses, mais il les considère comme des spéculations. « Jusqu'à quel point je peux maintenir cette théorie qui va au bout des choses et jusqu'à quel point je peux déjà la divulguer dans le livre des rêves, cela reste encore incertain », conclut-il dans cette lettre.

Le mois d'août de cette même année 1898, il reprend la question. Il s'ennuie à en vacances. Pour passer le temps, il se consacre à l'établissement de liens entre sa métapsychologie naissante et la littérature existante. Celle-ci se résume pour lui, à cette date, au nom de Lipps, qui a proposé une articulation entre le conscient et l'inconscient. Freud le considère comme le philosophe le plus clair de son époque. D'autres pourtant ont abondamment utilisé la distinction entre conscient et inconscient, articulée de différentes manières, le plus célèbre à l'époque de Freud étant von Hartmann, qui a écrit plusieurs best-sellers au sujet de l'inconscient.

« À mon sens, le travail sur l'hystérie devient de plus en plus douteux, sa valeur moindre, comme si je ne prenais pas encore en compte quelques facteurs essentiels, et je trouve l'idée de reprendre ces travaux vraiment épouvantable. »

Il est sûr qu'un problème existe concernant la présence de la pensée allemande en Autriche, traité de manière approfondie ailleurs14. Freud est certes loin d'être un philosophe ou de se référer à la philosophie de manière constante et rigoureuse, mais il s'en inspire souvent, en la dénigrant fréquemment. Freud semble connaître la pensée de Kant essentiellement à travers ses lectures de Schopenhauer15.

La dernière lettre à Fliess où la métapsychologie est mentionnée, en juillet 1899, expose le plan de L'interprétation du rêve.

Toujours est-il qu'une partie de cette grande tâche sera achevée : introduire névroses et psychose dans la science grâce à la doctrine du refoulement et de l'accomplissement de souhait. 1) Le sexuelorganique, 2) le clinique-factuel, 3) le métapsychologique qui s'y rattache16.

Ainsi, la métapsychologie est une tentative d'établir un pont entre l'organique, ou le biologique, et la psychologie, à travers la clinique. C'est un ajout important, explicité maintenant.

Deux ans après, pour la première fois en public, Freud se réfère brièvement à la métapsychologie dans son écrit sur la psychopathologie de la vie quotidienne, de 1901, où il marque son ambition de transformer la métaphysique en métapsychologie, dont un deuxième synonyme est psychologie de l'inconscient. La métapsychologie apparaît là où apparaissent aussi la paranoïa et la projection, qui auraient été deux des textes « perdus » de Freud. Le contexte de la première apparition de ce mot dans une élaboration théorique proprement dite mérite aussi d'être examiné de manière extensive et minutieuse.

Je crois effectivement qu'une large part de la conception mythologique du monde, qui s'étend très loin, jusques et y compris les religions les plus modernes, n'est rien d'autre que de la psychologie projetée vers le monde extérieur. L'obscure connaissance {qui, naturellement, ne présente en rien le caractère d'une connaissance [vraie]} (la perception pour ainsi dire endopsychique) de l'existence de facteurs et de faits psychiques propres à l'inconscient se reflète — il est difficile de le dire autrement, il faut impérativement s'aider ici de l'analogie avec la paranoïa — dans la construction d'une réalité suprasensible, que la science a pour tâche de retransformer en psychologie de l'inconscient. On pourrait se risquer à résoudre d'une telle manière les mythes du paradis et du péché originel, de Dieu, du Bien et du Mal, de l'immortalité, etc., à transformer la métaphysique en métapsychologie17.

Ainsi, la métapsychologie est une psychologie de l'inconscient et correspond à une perception endopsychique. Ce qui la fonde est la comparaison de la mythologie, des religions, de la superstition et de la croyance d'une manière générale, avec la psychopathologie et, notamment, avec la paranoïa. Freud les compare. Il s'efforce de dégager ce en quoi la psychanalyse est une science et non pas une croyance, une superstition ou même une paranoïa. Elle est une science de l'observation de la vie quotidienne à la fois normale et pathologique18. Mais ce dont la métapsychologie doit s'occuper est clair tout autant que la conception que Freud en a à cette époque : il s'agit d'établir un pont entre biologie et psychologie, de manière à mettre une fin à la métaphysique.

 

Métapsychologie, un mot de guerre

En 1907, à deux reprises, Freud utilise son nouveau concept pour attaquer et rallier. Dans les deux cas, le concept de métapsychologie sert à attaquer la notion de personnalité et Bleuler. Dans le premier cas, à la fin août 1907, Freud écrit à Jung, en citant Schiller, pour affirmer l'existence de deux sources pulsionnelles, dont l'une est la sexualité.

Un sentiment semble être la perception interne d'un investissement pulsionnel. Il y a certainement des sentiments combinés provenant des deux sources. Je ne sais que faire de la "personnalité" aussi peu que du "moi" bleulérien de son étude sur l'affectivité. Je pense que ce sont des concepts de psychologie de surface et que nous sommes dans la métapsychologie, derrière eux, quand même nous ne pouvons pas encore les recouvrir de l'intérieur19.

C'est-à-dire que la notion de surdétermination, acquise depuis L'Interprétation du rêve, est présente, puisqu'il y a « des sentiments combinés ». Mais la métapsychologie reste à être pleinement conçue.

À Abraham, Freud écrit fin octobre, pour discuter de l'inutilité de la nosographie psychiatrique et, en l'occurrence, écarter la notion de démence. « Cela veut en effet seulement dire que l'investissement intellectuel ne se met pas à la disposition des tâches requises. » L'appel à la nosographie est comme un fils qui, dans la détresse, se tourne vers son père.

"Personnalité", à l'instar du concept de moi de votre patron, est une expression peu déterminée, issue de la psychologie des surfaces, et qui, pour la compréhension des processus effectifs, quant à la métapsychologie donc, n'apporte rien de particulier. On est simplement porté à croire qu'en y ayant recours, on a dit quelque chose de riche en contenu20.

Il n'en reste pas moins que, pour l'instant, c'est la même chose avec la métapsychologie. En faisant appel à ce concept, on est porté à croire qu'on a dit quelque chose de riche. Freud ne le mentionne plus dans sa correspondance avec Jung, quoiqu'il y fasse une première allusion à Ferenczi à la mi-février 1910 : « Ce sont les questions les plus belles et les plus difficiles, celles qui se posent après les multiples mécanismes de refoulement, et l'on devrait prendre enfin au sérieux une telle mécanique métapsychologique. »

Un an plus tard, dans une autre lettre toujours adressée à son ami hongrois, Freud l'évoque encore : « Et ce que j'appelle la "grande synthèse", repose et attend des heures plus libres… », dont Freud pense disposer pendant ses vacances d'été21.

 

Parenthèses d'une intervention orale

Le 8 novembre 1911, Freud fait une longue intervention à la Société psychanalytique de Vienne, que, par sa richesse, mérite d'être citée intégralement, du moins en ce qui concerne la métapsychologie :

La psychanalyse a un genre particulier de pensée psychologique qu'on pourrait qualifier de métapsychologique. Ce serait là une considération du psychique comme de quelque chose d'objectif, après qu'on s'est libéré des restrictions imposées par les formes de la perception consciente. {Note : Autrement dit, l'analyste va au-delà de l'apparence de la perception consciente.} [Dans le texte, il donne en exemple de la métapsychologie « le schéma présenté dans l'Interprétation des rêves.]

Puis, il reprend son raisonnement :

Dans cette façon métapsychologique d'envisager les phénomènes, il existe un système qui fonctionne sans l'élément du temps. Un pas qui rendrait ce schéma plus utile serait le suivant : ce que nous étudions ce sont des processus qui ne se produisent pas à l'intérieur des systèmes psychiques, mais entre eux.

Il poursuit en discutant ce qui permettrait d'affirmer que l'inconscient est intemporel. Il mentionne des arguments de Federn et de Spielrein — fausse orientation des rêves dans le temps et coexistence de passé, présent et futur —, de Tausk — qu'il salue, par le rapport d'attachement qu'il établit entre pulsion et objet —, et les siens propres — la tendance des névrosés à la fixation.

« Tout cela dénote un système où l'élément temporel ne joue aucun rôle. D'un autre côté, ce système a quelque chose qui ressemble à ce que nous appelons "spatialité" lorsque nous nous référons aux objets. »

À l'époque de cette intervention à sa Société psychanalytique, Freud prépare directement en anglais son article publié l'année suivante par la Society for psychic research, de Londres : « Note sur l'inconscient en psychanalyse22. » Cet article est précurseur d'un autre, plus important, de 1915, ayant comme titre « L'inconscient ». L'article de 1912, à bien d'égards, est plus innovateur et osé que celui qui en découle trois ans plus tard et dont les enjeux ne sont pas les mêmes, puisqu'ils impliquent maintenant, non pas une société de recherche britannique, mais, tout autrement, Lou Andreas-Salomé23. Freud conclut son intervention :

Quand les philosophes affirment que les notions de temps et d'espace sont les formes nécessaires de notre pensée, une prémonition nous dit que l'individu maîtrise le monde à l'aide de deux systèmes dont l'un fonctionne seulement sur le mode du temps et l'autre sur le mode de l'espace24.

Nous pouvons comprendre que ces « deux systèmes » sont le conscient et l'inconscient, le premier fonctionnant seulement sur le mode du temps et le second sur le mode de l'espace. Dans ces conclusions, Freud reprend une de ses interventions, en date du 18 octobre, antérieure à celle de novembre. Il reprenait déjà cette discussion du lien entre l'espace et le temps, apparemment de Lipps, philosophe mineur, mais très admiré par Freud. Les « philosophes » est ainsi une désignation générale qui indique, en dernière instance, Kant, que Freud connait mal. Tout en les réaffirmant autrement, sa « prémonition » est en vérité une régression par rapport aux thèses kantiennes, en ceci que les « deux systèmes » apparaissent inarticulés, alors que dans l'inconscient le temps peut-être représenté de manière spatiale — très loin, très près. Il n'en reste pas moins que la métapsychologie se bat toujours avec la métaphysique, et par les références proposées par Freud, et par la prétention à une présentation « objective » de la psychologie, commune à l'époque.

 

Reprise des correspondances

Quelques mois après cette intervention, en janvier 1912, Freud salue l'importance du travail d'Abraham sur le monothéisme égyptien et mentionne la préparation de son premier article de 1912 sur l'inconscient. Fin novembre 1914, il lui annonce :

La grande histoire d'une maladie est terminée et vous attend, si vous pouvez réellement venir pour Noël. En dehors de cela, j'ai commencé un assez ample travail récapitulatif, qui a fourni au passage la solution Ψα du problème du temps et de l'espace et l'élucidation du mécanisme de l'angoisse25.

Freud reprend l'ambition métapsychologique de résoudre ce qu'il croit être un problème de la métaphysique de Kant : le problème de l'articulation entre le temps et l'espace, outre la référence à l'angoisse.

Début 1915, Freud écrit à Ferenczi, en s'excusant d'avoir annulé une rencontre avec lui et en lui donnant ses raisons :

[…] deux jours auparavant, une éruption d'idées s'était soudainement produite après une longue pause — exactement comme vous le décrivez en ce qui vous concerne — et d'un contenu si important que j'en ai été d'abord comme ébloui. Elle concernait la métapsychologie de la conscience, rien de moins26.

La métapsychologie mûrit dans l'identification à Ferenczi. En avril, il annonce à son ami :

La série : "Pulsions — refoulement — inconscient" est maintenant terminée. La première partie, déjà composée par le Zeitschrift, est entre les mains, les deux autres sont dans le dossier de la rédaction. L'introduction "pulsions" n'est certes pas très séduisante, mais la suite apporte pas mal de choses. Un 4e article s'est révélé nécessaire pour comparer le rêve et la démence précoce ; j'en ai déjà fait l'ébauche. Il va avec la métapsychologie27.

L'établissement de séries auxquelles appartiennent tel ou tel concept est une démarche méthodologique pertinente et importante.

 

La révolution métapsychologique

Le dernier jour de mars 1915, une discussion s'ébauche entre Freud et Abraham. Dans une revendication de priorité qui prétend ne pas l'être, celui-ci rappelle à Freud avoir écrit, dès 1911, un article ayant comme titre « Préliminaires à l'investigation et au traitement psychanalytique de la folie maniaco-dépressive et des états voisins ». « Esquisse d'une théorie de la mélancolie ». « Deuil et mélancolie », de Freud, ne semble pas en tenir compte.

Freud commence à écrire son texte sur l'inconscient, en bonne partie un prolongement de celui sur le même sujet déjà donné en 1912 à la Société pour la recherche psychique, à Londres entre le 4 et le 23 avril. Dans sa version ancienne, il avait proposé une triple approche de l'inconscient : descriptive, dynamique et systématique. Il les reprend dans le texte de 1915. Celui qui reçoit les prémices de cet apport de Freud au sujet de la métapsychologie est Karl Abraham. Poursuivant leur discussion sur le deuil et la mélancolie, au tout début du mois de mai 1915, Freud lui répond :

[…] vous mettez le sadisme et l'érotisme anal au premier plan des explications. Bien que vous ayez raison, vous n'en passez pas moins à côté de la véritable explication. L'érotisme anal, le complexe de castration, etc. sont des sources d'excitation ubiquitaires, et, à ce titre, elles font partie intégrante de tout syndrome pathologique. Elles donnent tantôt ceci, tantôt cela ; et c'est, bien sûr, l'une de nos tâches aussi que de découvrir d'où vient quoi ; mais l'explication de l'affection ne peut être donnée que par son mécanisme, considéré d'un point de vue dynamique, topique et économique28.

Ce sont les termes mêmes du texte sur « L'Inconscient » où Freud mentionne à trois reprises la métapsychologie :

Nous remarquerons que, peu à peu, nous en sommes arrivés à faire valoir, dans la présentation des phénomènes psychiques, un troisième point de vue, outre le dynamique et le topique, l'économique qui s'efforce de suivre les destins des grandeurs d'excitation et de parvenir à une évaluation au moins relative de celles-ci. Nous ne trouverons pas déraisonnable de distinguer, par un nom particulier, ce mode de considération qui est le plein achèvement de la recherche psychanalytique. Je propose qu'on parle d'une présentation métapsychologique lorsque nous réussissons à décrire un processus psychique selon ses relations dynamiques, topiques et économiques. Il est à prévoir que, dans l'état présent de nos vues, nous n'y réussirons que sur des points isolés29.

Dans un paragraphe d'un article de l'Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse, publié vers la fin 1915, et dans une lettre à un de ses élèves et collaborateurs, au cours d'un échange qui concerne l'articulations entre psychopathologie et vie normale, Freud révolutionne toutes ses thèses antérieures et la psychanalyse, transformant la métapsychologie en méthode de présentation et d'approche de la clinique, « plein achèvement de la recherche psychanalytique ».

Ce ne sont ni la présentation du refoulement, ni du retour du refoulé, ni de l'inconscient ou des pulsions en elles-mêmes, qui sont métapsychologiques. Comme les sources d'excitation, celles-là aussi sont ubiquitaires, présentes dans toute formation psychique. La révolution réside dans la définition d'une triple approche, qui n'est possible que sur des points isolés. La question qui se pose désormais est de savoir si cette révolution, comme tant d'autres, peut se maintenir.

 

Intensification de l'appel, soudain abandon

Freud poursuit ainsi sa lettre à Abraham :

Mon travail prend forme. J'ai terminé 5 essais : celui sur Pulsions et destins de pulsions, qui est sans doute un peu aride, mais indispensable comme introduction, et qui trouvera sa justification dans les suivants, ensuite le Refoulement, l'Inconscient, Compléments métapsychologiques à la théorie du rêve, et Deuil et mélancolie. Les quatre premiers seront publiés dans la série de la Zeitschrift actuellement en cours ; je garde tout le reste pour moi. Si la guerre dure assez longtemps, j'espère pouvoir réunir une douzaine d'ouvrages semblables, et les livrer ensuite en des temps plus sereins, à l'incompréhension du public sous le titre : Essais préliminaires à la métapsychologie. Je crois que, dans l'ensemble, ce sera un progrès. Même genre et même niveau que la VIIe section de L'interprétation du rêve.

C'est un vaste programme, qui se répand vite dans les cercles psychanalytiques. Peu après, fin juin, il annonce à Jones :

J'ai (presque) terminé, au prix de toute sorte de difficultés intérieures, un recueil de douze essais, qui doit paraître sous forme de livre après la guerre et s'intitulera peut-être Zur Vorbereitung der Metapsychologie. Les quatre premiers de la série sont publiés dans la Zeitschrift, le premier étant "Triebe und Triebschicksale", dans le n° 230.

Et, à Binswanger, six mois plus tard, en décembre 1915 : « …bien des choses sont en préparation pour l'après-guerre. Entre autres, la série de traités dont vous avez trouvé les premiers éléments dans la Revue. Il y en a douze, pratiquement terminés. Ils seront intitulés : Préparation à la métapsychologie31. »

En parallèle à « L'inconscient », Freud écrit un autre texte, qu'il envoie à Ferenczi et qu'il ne publie pas. Dans cet autre texte, il semble chercher à accomplir la « vision prophétique de Ferenczi », qui est aussi la sienne, de « concilier les types de régression névrotique avec les étapes de l'histoire phylogénétique de l'humanité ». Il procède aussi à l'effort d'articuler les thèses d'Abraham sur une histoire du développement de la libido avec les siennes sur le même sujet, moins précises, et celles de Ferenczi sur l'histoire du développement du moi. En même temps, il doit accomplir son ancien programme d'établissement de liens entre les différentes figures de la psychopathologie : l'hystérie d'angoisse, l'hystérie de conversion, la névrose obsessionnelle, la démence précoce, la paranoïa et la mélancolie-manie32.

En 1916, une autre campagne commence, auprès de Ferenczi. Voici deux passages de la lettre que Freud lui adresse le 24 mars :

Il est étonnant de voir tous les artifices que vous mettez en œuvre quand vous approchez de l'accomplissement du vœu refoulé et qu'il s'agit de vous rendre maître de la mère, sous toutes ses formes. Je sous-estime sans doute, par manque d'expérience personnelle, la force de ce complexe. […] Je serai très heureux de vous voir à Vienne. Si vous veniez d'abord ici, ce serait une occasion d'apporter le dossier de la Métapsychologie. J'ai l'intention de supprimer l'essai sur le Cs, et de le remplacer par un autre, mieux adapté, par exemple : "Les trois points de vue de la MΨ"33.

Freud blâme et promet. Il dénonce les artifices qui empêchent l'accomplissement du désir refoulé ; il promet la métapsychologie. Début mars 1917, un an plus tard, il écrit longuement à Ferenczi : «… ne vous faites pas de souci pour avoir négligé notre projet Lamarck. Je n'ai pas avancé non plus ; pendant les semaines de froidure et d'obscurité, j'ai déserté le travail du soir — et ne l'ai pas repris. »

Le « projet Lamarck », rappelons-nous, est un autre nom pour le « projet métapsychologie » au sujet duquel Freud et Ferenczi échangent depuis un an, probablement en vue de lui donner une plus grande cohérence, car Freud l'avait déjà annoncé comme complet. Le « projet Lamarck » est celui qui vise à assurer que la « psy. aura déposé sa carte de visite auprès des biologistes. » À la fin mai, Freud écrit encore à Ferenczi : « Je ne suis pas du tout d'humeur à faire le travail sur Lamarck cet été, et ce que j'aimerais le mieux c'est de vous abandonner le tout. »

« Projet Lamarck » est enfin un nom de code entre Freud et Ferenczi, à l'intérieur du Comité secret. Un secret en redouble un autre. Et, enfin, à la fin du mois de décembre de la même année, après un certain nombre d'échanges avec Ferenczi : « Mais je ne parviens pas à me décider pour le Lamarck. Il en est peut-être pour nous comme pour les deux nobles polonais au moment de payer : "Aucun des deux ne voulant souffrir que l'autre payât pour lui, aucun des deux n'a payé"34

Face à une telle situation, les enjeux se déplacent. Lou Andreas-Salomé entre en scène. Mi-juin 1917, à la fin d'une lettre dithyrambique, où la psychanalyse est comparée aux « très rares et très grands chefs-d'œuvre de l'humanité », Andreas-Salomé interroge Freud : «…quand donc viendra, après les quatre premières parties, le reste de votre métapsychologie? Nous en avons besoin, vous le savez. » Freud se fait attendre, séduit, se dérobe. Andreas-Salomé poursuit, un an plus tard, le 20 juin 1918 :

Quelle joie m'ont procurée ces chapitres tant attendus ! À dire vrai, ils s'interrompent en un point où la tension devient presque trop grande pour n'avoir pas envie de chercher Plus dans l'inconscient : cela viendra bientôt, n'est-ce pas ? Au surplus, tout cela se tient si essentiellement que c'est à peine si l'on peut l'emmagasiner séparément : tout s'emboîte de plus en plus impérieusement et de plus en plus nécessairement l'un dans l'autre et quand vous vous plaisez à dire que vous vous contentez de "bribes", on découvre en profondeur à quel point il ne saurait être question de "bribes" et combien l'unification surgit spontanément de cette méthode.

Et, à peine une année plus tard, à la mi-mars 1919, Andreas-Salomé insiste : « …qu'advient-il de la Métapsychologie, maintenant que les chapitres imprimés ont pris place dans la théorie des névroses ? Où sont les autres, ceux qui étaient déjà achevés35? »

C'est la dernière phrase d'une lettre où elle signe « de tout cœur ». Et la nouvelle éclate, peu après, le 2 avril 1919. Freud se sent dans l'obligation de réagir « avec énergie » contre les compliments qu'Andreas-Salomé lui fait. Il n'y a plus rien sur la métapsychologie36.

Où en est ma Métapsychologie ? D'abord, elle n'est pas écrite. L'élaboration systématique d'une matière m'est impossible, la nature fragmentaire de mes expériences et le caractère sporadique de mon inspiration ne me le permettent pas. Mais si je vis encore dix ans, que durant cette période, je reste capable de travailler, ne meurs pas de faim, ne suis pas tué ni trop fortement étreint par la détresse des miens ou de ceux qui m'entourent — trop de conditions, peut-être — je peux vous promettre d'y ajouter d'autres contributions. Une des premières de ce genre sera contenue dans Au-delà du principe de plaisir sur lequel je m'attends de votre part à une appréciation synthético-critique37.

N'est-elle pas écrite ? Alors qu'il vient d'annoncer à plusieurs de ses correspondants qu'elle était absolument prête ? Il est étonnant de voir les artifices que Freud met en œuvre, selon les termes de sa lettre du 24 mars 1916 à Ferenczi. Freud se rend maître de sa fille, qui vient de commencer une analyse avec lui quelques mois avant sa lettre de renoncement à la métapsychologie, à l'automne 1918. La guerre et ses conséquences avaient considérablement assombri les horizons de Freud et découragé son élaboration théorique, le faisant se tourner vers les besoins de sa famille. C'est ce qu'il souligne dans sa lettre à Andreas-Salomé. Les textes promis et annoncés n'existent pas, mais avaient-ils vraiment existé ? Le « projet métapsychologie » aura été une large manœuvre de ralliement de ses élèves, de publicité d'un thème révolutionnaire qui s'évanouit en fumée38. La métapsychologie restera pour toujours comme ces châteaux romantiques, ces ruines inachevées, belles dans leur inachèvement.

Ferenczi essayera de relancer Freud, sans succès. Grubrich-Simitis souligne que Thalassa, de Ferenczi, est un fruit de ce projet abandonné39. C'est aussi l'accomplissement le plus achevé d'une partie du programme de la métapsychologie. Mais ce n'est pas la seule contribution de Ferenczi à la métapsychologie, ni sa contribution la plus importante.

 

Abandon et régression, la théorie qui s'ensuit

Les textes de Freud présentent un décalage : la définition théorique de la métapsychologie n'apparaît pas dans le texte dont l'objet est le même que celui de la discussion épistolaire avec Abraham, à savoir, « Deuil et mélancolie », mais dans un autre texte, celui sur l'inconscient. À la même époque, Freud fait la même chose par rapport à Ferenczi et son concept d'introjection, qui n'est pas mentionné dans « Deuil et mélancolie » non plus, mais dans « Psychologie des foules et analyse du moi ». Ce sont des curieux montages entre textes théoriques et correspondance. Le texte sur le deuil sera publié deux ans après celui sur l'inconscient.

En 1917, deux ans avant l'abandon de son ambition théorique, dans le « Complément métapsychologique à la théorie du rêve », le nouveau concept sert à désigner des processus dynamiques et à pointer les similitudes et les différences entre le rêve et la schizophrénie ou entre les fantasmes, les hallucinations et le rêve, selon les coordonnées de la topique et de l'économie. Freud avançait ainsi dans l'établissement de quelques fondements de cette métapsychologie, oscillant entre espoir et abattement auprès de ses élèves. Aussi, d'autres mots se réaffirment ou apparaissent comme synonymes de la métapsychologie, parmi lesquels « psychologie des profondeurs » et « perception endopsychique ».

Après la crise de 1917, la réflexion sur la métapsychologie réapparaît dans Audelà du principe de plaisir, en 1920, à plusieurs titres. Freud reprend les termes de sa lettre à Abraham et de son texte sur l'inconscient. Métapsychologie est un « mode de présentation qui tente de prendre en compte, à côté des facteurs topique et dynamique, ce facteur économique ». Et il vise particulièrement à inscrire la conscience de manière dynamique et économique à l'intérieur d'une topique. Pour les unes et pour les autres, à cet ensemble, vient se heurter le traumatisme, que Freud discute en tant qu'articulé au plaisir et au déplaisir, c'est-à-dire à la douleur. Cependant :

L'indétermination de toutes nos considérations, que nous nommons métapsychologiques, provient naturellement de ce que nous ne savons rien sur la nature du processus d'excitation dans les éléments des systèmes psychiques et que nous ne nous sentons pas autorisés à faire d'hypothèse à ce sujet40.

Ainsi, aussi loin puisse-t-il avancer, Freud revient à son exigence d'une explication de l'excitation. Si nous retenons comme fondement de la métapsychologie l'approche des phénomènes selon les trois axes proposés, il n'y a aucune raison de limiter ses textes sur la métapsychologie à ceux considérés comme « canoniques », au septième chapitre de l'Interprétation du rêve, ou à celui qui introduit le narcissisme, qui n'est pas d'ailleurs mentionné par son auteur comme un texte métapsychologique41. Nous pouvons voir le nouveau concept à l'œuvre dans des textes « mineurs » comme « Une relation entre un symbole et un symptôme », qui montre aussi une articulation similaire à celle établie entre le rêve et la schizophrénie, ou dans « Des transpositions pulsionnelles, en particulier dans l'érotisme anal », qui, après tout, est une extension particulière du texte sur les pulsions et leurs destins. Mais Au-delà du principe de plaisir implique une régression à la métaphysique, où la polarité corps/âme a été remplacée par la polarité pulsions de vie/pulsions de mort. C'est une nouvelle métaphysique propre à la métapsychologie. Ce problème n'a pas échappé à Lacan, qui signale avec force :

La métapsychologie implique la construction de quelque chose qui présuppose l'hypothèse d'une âme — c'est ce que signifie méta-psychologie ; elle suppose la psychologie comme un donné. Elle évoque la métaphysique, quelque chose qui permettrait de considérer la psychologie de l'extérieur42.

Aucun des derniers textes de Freud où apparaît une mention explicite à la métapsychologie n'apporte de changement à cette situation. En 1921, il semble difficile de traiter de manière métapsychologique la sublimation ou ses produits43. En 1926, Freud réaffirme encore les termes de sa lettre à Abraham et ceux de son texte sur l'inconscient dans une lettre à Laforgue : « la représentation métapsychologique qui s'efforce de caractériser un événement psychique par ses côtés dynamique, topique et économique, pour ainsi dire selon trois coordonnées […] 44. »

Dix ans après la lettre à Abraham, les mêmes mots n'ont plus la force de ralliement qu'auparavant, mais servent à rejeter la notion de scotomisation, lointain ancêtre de la forclusion. Seize ans plus tard, un peu plus donc que le laps de temps écoulé entre la première mention publique à la métapsychologie et la dernière fois où elle est reprise, en 1937, Freud oscille : adieu lointain, qui place son concept fondateur parmi les figures de fiction, sorcière à laquelle on fait appel dans une situation difficile. La théorie apparaît comme un synonyme — presque — de la fantasmatisation, même si c'est elle qui doit servir comme critère d'évaluation de la santé psychique.

« Malheureusement, les informations de la sorcière ne sont cette fois encore ni très claires ni très explicites ».

Une des raisons pour cela aurait été la négligence du point de vue économique en parallèle à celui des deux autres perspectives, à savoir la dynamique et la topique45. Estce que c'est une métapsychologie perdue ? Pas tout à fait. Le souhait de traduire la métaphysique en métapsychologie a certes été un échec et même pire — si nous considérons que son but était de mettre fin à une ancienne manière de penser, car il a engendré une nouvelle métaphysique. Mais la définition d'une nouvelle méthodologie de recherche et d'une nouvelle exigence pour la pensée clinique a été une réussite, même si Freud n'a pas pu l'approfondir. Les raisons pour cela ont été nombreuses. Sans oublier les circonstances plus générales, comme la guerre ou l'arrière-fond théorique de Freud, ou très particulières, comme l'importance de la présence de sa fille dans sa vie, il y a aussi son renfermement dans une perspective dualiste, alors que sa nouvelle méthodologie exigeait une ouverture importante. Nous restons à ce jour sans savoir comment le cerveau devient pensée et même sans savoir s'il est le seul organe impliqué dans la création de la pensée46.

En tout cas, c'est un problème majeur que de considérer que le concept de métapsychologie possède le même sens tout au long de l'œuvre de Freud. Ce problème s'étend à l'effort d'articulation des différents sens que le concept acquiert, au lieu de la reconnaissance franche de leurs ruptures. En vérité, ces deux démarches impliquent une lecture pieuse de Freud, comme si son œuvre devait obéir à une perspective unitarienne, homogène, harmonieuse et limpide, faite d'un seul bloc. Au lieu de cela, s'impose sa réalité disparate, hétérogène, baroque et trouble, tenue ensemble par la répétition inlassable d'un nombre de concepts que la métapsychologie aurait dû réunifier avant que leur auteur ne l'abandonne. Métapsychologie est le nom de cette ambition de réunification et de ralliement autour d'une théorie, qui vécut un court instant où elle a été présentée comme méthode de recherche.

 

La révolution Ferenczi

Cette ouverture imposerait un dépassement de la dichotomie corps/âme ou biologie/psychologie, ainsi que le passage à une nouvelle logique. Ce sera la démarche de Ferenczi, qui, en retournant aux premières thèses de Freud, les élargit.

Ferenczi propose une première approche de la métapsychologie dans un article inédit à l'époque de sa mort, mais qui serait des alentours de 1924-1925. Sous le titre général de « Présentation abrégée de la psychanalyse ». Son quatrième point traite de « L'interprétation des rêves et le symbolisme. La métapsychologie freudienne47. » Là, selon lui

[…] ce fut le premier pas vers la future "métapsychologie" selon Freud : la théorie de la stratification des mécanismes psychiques ou topique psychique. […] L'analyse des rêves a également fourni le moyen d'étudier la mécanique, la dynamique des énergies à l'œuvre dans ces systèmes, et a démontré par maints exemples le refoulement de certaines pensées dans l'inconscient du fait de la résistance des couches psychiques supérieures marquées par la culture.

Ferenczi inclut dans les éléments refoulés la vie érotique telle qu'il l'avait dépeinte avec son concept d'amphimixie. Ainsi, une vue d'ensemble du parcours freudien permet à Ferenczi, d'une part, de souligner l'importance de l'autoanalyse et, surtout, de la « métapsychologie des processus psychiques de l'analyste, au cours de l'analyse » dans un texte révolutionnaire, qui décline les différentes modalités de la présence de l'analyste auprès de son patient. Seule l'autoanalyse fonde la métapsychologie48. D'autre part Ferenczi décline la problématique de la pulsion de mort autrement que ne le fait Freud, en l'indexant sur l'accueil réservé par la famille à l'enfant qui en est issu49. Nous sortons ainsi enfin du dualisme biologie/psychologie pour aller vers une logique ternaire, qui conçoit ces deux dimensions comme inscrites dans un corps social, car la pensée, le cerveau et le système nerveux central, autant que le reste, sont avant tout des interfaces entre le corps et le monde.

Ferenczi entend se situer dans la suite d'Au-delà du principe de plaisir et, après avoir reconnu la pulsion de mort telle que la propose Freud, l'inscrire dans une dynamique familiale observable et, plus essentiellement, en la faisant découler de « l'identification à l'agresseur »50. Nous remarquerons que malgré le fait que Freud ait signalé l'existence du complexe d'Œdipe, la famille en tant que telle, en tant que théâtre de la mise en scène des fantasmes sexuels, n'existe pas pour lui. Ni Jocaste, ni Laïos, ni Périboea, ni Polybos, c'est-à-dire ni la famille d'origine d'Œdipe ni sa famille d'adoption, pas plus que ses enfants, frères et sœurs, n'existent pour Freud, et encore moins les conflits qui se jouent entre Athènes, Thèbes et Corinthe. La politique n'existe pas dans la pensée de Freud, autrement que sous la forme de l'extension et de la consolidation du mouvement psychanalytique ou de généralités communes à son milieu et à son époque51. La légende d'Œdipe possède, elle-même, une valeur heuristique pour Freud. Mais la politique commence à exister pour Ferenczi, pour qui la famille est la première scène de la pulsion de mort et pour qui la métapsychologie s'appliquerait avant tout aux processus psychiques de l'analyste au cours de la séance, autrement dit, de son autoanalyse du contre-transfert, autrement dit, de son désir en tant qu'analyste52.

 

 

* Université de Bretagne Occidentale, Brest e Université de Paris 7 – Denis Diderot E-mail: pradooliveira@free.fr
1 https://fr.wiktionary.org/wiki/shibboleth.
2 W. Shakespeare, Hamlet, Act 1, scene 2, quoted by S. Freud, Jokes and their Relation to the Unconscious.
3 Si jamais Brenner a raison quand il affirme que le terme de métapsychologie n'a pas été inventé par Freud, en se basant sur l'International Scientific Vocabulary, cela représente une sérieuse faille dans l'Oxford English Dictionary. Voir C. Brenner, « Metapsychology and Psychoanalytic Theory », Psychoanalytic Quarterly, 1980, 49: 189-214. Cette même assertion sera reprise par d'autres.
4 A. Rauzy et A. Bourguignon (1989), « L'ébauche d'une métapsychologie chez Lamarck », L'Évolution Psychiatrique, vol. 54, n° 4, pp. 875-885 ; P. Hachet, (1994), « L'identification de Freud à Goethe. (Quelques parallèles entre les aspects psychologiques de la "Weltanschauung" de Goethe et la métapsychologie) », Études Psychothérapiques, n° 10 (1994), pp. 167-182.
5 E. Kant (1764), Essais sur les maladies de la tête et Observations sur le sentiment du beau et du sublime, Paris, Flammarion, 1990, traduction de M. David-Ménard.
6 Freud mentionne déjà Man and Superman, de Shaw, dans son étude de 1911 sur les deux principes du fonctionnement psychique.
7 B. Silverstein, « "Now Comes A Sad Story": Freud's Lost Metapsychological Papers », in P. Stepansky, Freud: Appraisals and Reappraisals: Contributions to Freud Studies, vol. 1, New York: The Analytic Press, 1986, pp. 143-195.
8 I. Grubrich-Simitis, « Métapsychologie et métabiologie », dans S. Freud, Vue d'ensemble des névroses de transfert, Paris, Gallimard, 1985, traduction de C. Heim.
9 Il est difficile d'établir une différence entre la philosophie allemande et la philosophie austrohongroise. Certains se sont efforcés de le faire, et notamment à propos d'Herbart. Le propre de la philosophie austro-hongroise aurait été son opposition et sa résistance à Kant, jugé trop favorable à la France. Restreindre les sources de la pensée de Freud à Herbart et Meynert, et même les considérer comme ses principales sources, comme le font les éditeurs de la Standard Edition, est une orientation limitée, peut-être imposée par l'épistémologie de leur époque. Elle cache le rôle d'Eduard von Hartmann et son insistance sur le concept d'inconscient, terme qu'Herbart ne semble jamais mentionner. Cf.: « The Unconscious – Editor's Note », The Complete Psychological Works of Sigmund Freud, vol. XIV, Londres, The Hogarth Press and The Institute of Psycho-Analysis, 1957, p. 162. L'édition française ne reprend pas ces remarques de Strachey, se contentant de mentionner deux lettres de Freud au sujet du thème.
10 S. Freud, Lettres à Wilhelm Fliess, Paris, PUF, 2006, traduction de F. Kahn et F. Robert, p. 222.
11 P.-L. Assoun, La métapsychologie, Paris, PUF, 2000. Datée de 1976, rééditée encore telle quelle en 2009, cette étude mériterait d'être actualisée. Elle correspond à une construction théorique, plutôt qu'à un examen minutieux du parcours de la pensée freudienne. La contribution de Ferenczi s'y restreint à résumer la pensée de Freud.
12 S. Freud, Lettres à Wilhelm Fliess, p. 276.
13 Les enjeux du concept de métapsychologie ont été étudiés par rapport à Adler, à Jung et aux disciples de Freud ayant participé au Comité secret. Ils n'ont pas été étudiés par rapport à Anna.
14 Voir R. Haller, Studien zur österreischischen Philosophie, Variationen über ein Thema, Amsterdam, 1979 et Neopositivismus, eine historische Einführung in die Philosophie des Wiener Kreises, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1993. Par exemple, Freud ignore complètement les racines historiques du "meurtre d'âme" de Schreber, alors qu'elles sont abondantes en Allemagne. Voir Prado de Oliveira, 1997.
15 P. Raikovic, Le sommeil dogmatique de Freud (Kant, Schopenhauer, Freud), Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 1994.
16 S. Freud, Lettres à Wilhelm Fliess, p. 460.
17 S. Freud, La psychopathologie de la vie quotidienne, Paris, Gallimard, 1997, traduction de D. Messier, p. 412. Le texte entre {} crochets correspond à une note de bas de page de Freud. Le texte entre parenthèse correspond à un ajout de Freud fait en 1907.
18 La démarche de Freud n'est pas toujours d'une logique claire. Voici un exemple : « Je ne crois pas qu'un événement à la survenue duquel ma vie psychique n'a pas participé puisse m'apprendre quelque chose de caché concernant la configuration future de la réalité… », etc., etc. (p. 410). Or, justement, au contraire, des milliers d'événements auxquels notre vie psychique n'a nullement participé peuvent en permanence nous apprendre quelque chose de caché au sujet de la « configuration future de la réalité », pour peu que nous les observions.
19 S. Freud, C. G. Jung, I, 132-133.
20 S. Freud, K. Abraham, 1907-1925, 42.
21 S. Freud, S. Ferenczi, I, 271.
22 S. Freud (1912), "Note sur l'inconscient en psychanalyse", Métapsychologie, Paris, Gallimard, 1968, traduction de J. Laplanche et J.-B. Pontalis, pp. 173-185.
23 Voir Prado de Oliveira, "The Unconscious", Freud, a modern reader, ed. R. J. Perelberg, London and Philadelphia, Whurr Publishers, 2005, pp. 109-123. Notre prochain chapitre.
24 S. Freud (1911), "Séance du 8 novembre, De la prétendue intemporalité de l'inconscient », Les premiers psychanalystes : Minutes de la Société psychanalytique de Vienne, III, 292-301.
25 S. Freud, K. Abraham, 1907-1925, 355.
26 S. Freud, S. Ferenczi, II, 34.
27 Idem, 69-70.
28 S. Freud, K. Abraham, 1907-1925, 383.
29 S. Freud, « L'inconscient », Œuvres complètes, XIII, 221.
30 Gardé en allemand dans la traduction française. En français, Pour la préparation de la métapsychologie et Pulsions et destins des pulsions. S. Freud, E. Jones, 1908-1939, 377. Les traducteurs précisent que ce texte a été le premier de la série sur la métapsychologie. Comment savoir ? Il y a, parmi les psychanalystes et leurs traductions, une déroutante passion de la "première fois".
31 S. Freud, L. Binswanger, 1992a, 210.
32 S. Freud, Vue d'ensemble des névroses de transfert, p. 31. La couverture de ce livre porte un soustitre, « Un essai métapsychologique », dont l'origine n'est pas précisée, mais qui ne semble pas être de la plume de Freud. Ce passage du texte de Freud est repris d'une lettre à Ferenczi de la mi-juillet 1915. Voir S. Freud, S. Ferenczi, II, 77.
33 Idem, 139.
34 La présence de Lamarck dans l'œuvre écrite de Freud date de sa lettre du début janvier 1916 à Ferenczi, quand il semble intéressé par l'idée de « se modifier plutôt que de modifier le monde environnant », idée qui deviendra, chez le psychanalyste hongrois l'opposition entre l'alloplastie et l'autoplastie. S. Freud, S. Ferenczi, II, 118. Pour les citations précédentes, voir 203, 236, 283.
35 L. Andreas-Salomé, 1912-1913, 76-77, 105, 122.
36 Nous serons attentifs à cette date du 2 avril. C'était un 2 avril que Freud à demandé à Fliess d'être lui-même attentif à quelques questions qu'il avait à lui poser au sujet de la métapsychologie.
37 L. Andreas-Salomé, 1912-1913, 122.
38 B. Silverstein, dans son article « "Now Comes A Sad Story" : Freud's Lost Metapsychological Papers », montre comment ce projet promis et ajourné joue ce rôle de raffermissement du groupe après les ruptures avec Adler et Jung. Il y a aussi eu celle avec Stekel. Silverstein montre encore comment l'annonce de la publication du livre sur la métapsychologie et sa suspension finale sont imprégnés des superstitions de Freud relatives à la date de sa mort.
39 I. Grubitch-Simitis, « Métapsychologie et métabiologie », dans S. Freud, Vue d'ensemble des névroses de transfert, 134-135. La reconstitution du « projet Lamarck » m'a été ici particulièrement utile.
40 S. Freud, « Au-delà du principe de plaisir », Œuvres complètes, XV, 302.
41 Tel que le fait Grubitch-Simitis dans son article déjà mentionné, qui présente une liste très resserrée des textes qu'elle considère comme métapsychologiques.
42 J. Lacan, Yale University, Kanzer Seminar, 24 novembre 1975, École lacanienne de psychanalyse, version informatisée. Pourtant, Lacan se trompe : l'Interprétation du rêve n'est pas antérieure à la métapsychologie. Son septième chapitre sera tenu par Freud comme fondateur de sa nouvelle démarche.
43 S. Freud, « Psychologie des foules et analyse du moi », Essais de psychanalyse, 210-211. Bien que contenant un chapitre sur « Un stade dans le moi » ou sur « L'identification » qui pourraient être qualifiés de métapsychologiques, l'ensemble lui-même sur la psychologie des foules mériterait difficilement une telle qualification.
44 Lettre citée dans la thèse de J. Lemoulen, « La médecine française et la psychanalyse de 1895 à 1926 », soutenue en 1966, dirigée par J. Delay. Cette correspondance a été reprise dans la Nouvelle revue de psychanalyse, n° 15, Gallimard, 1977, pp. 251-314.
45 S. Freud, « L'analyse avec fin et l'analyse sans fin », 240-242.
46 À titre d'exemple, l'article de J. Searle, « The Mystery of Consciousness Continues », critique d'A. Damasio, Self Comes to Mind :Constructing the Conscious Brain, The New York Review of Books, June 9-22, 2011, vol. LVIII, n° 10, pp. 50-52.
47 S. Ferenczi, Œuvres complètes, IV, Paris, Payot, 1982, traduction de l'équipe du Coq-Héron, pp. 162- 166. Un autre texte de Ferenczi correspond à sa conférence faite à Vienne en 1922, sous le titre « La métapsychologie de Freud », dans ce même tome de ses Œuvres. Manifestement, il s'agit d'un moment de sa pensée antérieur à celui mentionné ici, vu que la troisième topique de Freud n'y est pas encore utilisée et que Ferenczi a plus de difficulté à penser la dynamique et l'économie de l'appareil psychique. Néanmoins, les problèmes qu'il y rencontre laissent entrevoir ceux que ses successeurs connaîtront.
48 S. Ferenczi, IV, 53- 65.
49 S. Ferenczi, « L'enfant mal accueilli et sa pulsion de mort », 76-81.
50 l est intéressant de signaler que cette notion prend source dans une notion similaire avancée par Tausk dès 1919, à savoir celle d'identification au persécuteur. V. Tausk, « De la genèse de "l'appareil à influencer" au cours de la schizophrénie », 177-217.
51 J.-P. Vernant et de P. Vidal-Naquet, 1986.
52 Curieusement, quand la métapsychologie est reprise dans la littérature psychanalytique en tant que thème central de réflexion, c'est en référence à Ferenczi. Voir R. Fliess, 1942.

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